J'ai envie d'être utilisé·e… mais je ne m'y autorise pas
Tu as ce fantasme quelque part. Peut-être que tu as envie d'être là, disponible, sans avoir à réfléchir, sans avoir à demander. Ou alors tu as envie, toi, de te servir — de quelqu'un qui te laisse faire, librement.
Et pourtant, tu n'en as jamais vraiment parlé. Parce que ça semble trop cru, trop direct, trop difficile à assumer. Ou parce que tu imagines que ce type d'exploration, c'est forcément extrême, BDSM, réservé aux initié·es ou aux adeptes de la violence et du cruising.
Ce n'est pas le cas. Et c'est précisément ce qu'un atelier sexualité autour du Free-Use peut révéler — sur les autres, et sur soi-même.
Le Free-Use, c'est quoi — et ce que ce n'est pas
Le fétichisme Free-Use, c'est le désir d'être sexuellement utilisé·e par un ou une partenaire, selon ses propres envies et limites. Ni plus, ni moins.
Ce qui est important de comprendre d'emblée : un atelier sexualité Free-Use ne signifie pas forcément sexualité intense ou pratiques BDSM.
En tout cas, c'était ma proposition lors de l'édition Free-Use organisée pour une Aprem Jeux, un rendez-vous mensuel "culdique" où on mêle jeux et exploration sexuelle le dimanche à l'heure du goûter.
Je souhaitais le spectre volontairement large, créer un format qui s'éloigne de l'imaginaire collectif "sale" que l'on pourrait coller au fait d'être utilisée, et qu'il s'adresse à tous les profils : sensuels, pilou-pilou, pratiquant·es de BDSM ou non. Tu demander des caresses, des massages, des câlins, de la tendresse. Comme tu peux explorer des désirs plus intenses : impacts, pluralité, contraintes, fantasmes. C'est toi qui définis ton niveau d'intensité.
Et contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, le Free-Use est très différent d'un rapport dominant/soumis. Il n'y a pas de hiérarchie de pouvoir figée. C'est plus proche du jeu, de la liberté créative — avec une formule qui résume bien l'esprit : *tu es le cadeau*.
Pour se faire, il y avait un protocole bien précis, qui permettait de créer plusieurs portes de sorties pour les personnes utilisées pour qu'elles puissent se sentir libre d'exprimer leurs envies, désirs et besoins à tout moment lors de l'atelier.
Un atelier sexualité pour se donner la permission
Ce qui rend cet atelier sexualité particulièrement puissant pour débloquer le désir, c'est sa structure même.
Avant l'événement, chaque personne souhaitant être utilisée remplit une fiche détaillée : ses envies, ses limites, son safe word, le rôle qu'elle souhaite incarner. Tout est posé noir sur blanc, à l'avance. Je m'étais librement inspirée d'un modèle conçu par Will de la WilkyWay, un collectif sexpositif bdsm basé à Paris, pour créer la mienne adaptée à ma communauté.
Le jour J, les utilisateur·ices accèdent à ces fiches et explorent les envies de chacun·e dans le cadre de consentement défini.
Résultat : la personne utilisée n'a pas à négocier dans l'instant. Elle a déjà choisi les partenaires qui ont le droit de l'utiliser, et a déjà dit oui — ou non — à chaque chose, en prenant compte qu'elle peut toujours changer d'avis à tout moment. Un vrai lâcher-prise devient possible.
J'ai crée un nouveau format atelier sexualité Free-Use selon mes exigences en terme de consentement, et de niveau de créativité que je voulais que les participant·es expérimentent.
Le Free-Use s'est déroulé en trois temps :
- Un premier temps d'intégration avec un brief entre la personne utilisée, son Angel, la fiche préparée en amont dans les mains. La personne utilisée manifeste à ce moment avec qui elle souhaite interragir ou non.
- Un temps de jeu, dans lequel tous les coups consentis sont permis !
- Un temps d'after-care et de retour à soi. Ce moment suspendu de soin est aussi important que l'expérience elle-même. Il permet de redescendre, de verbaliser, de prendre soin de ce qui vient de se passer.
Des Angels veillent sur l'espace tout au long de l'atelier sexualité — sans participer aux interactions, mais disponibles pour le soutien émotionnel et la sécurité de chacun·e.

💬 Mon observation d'organisatrice
Il y a avait 27 participant·eslors du dernier atelier sexualité Free-Use, j'ai pu observer que satistiquement, bien plus de femmes cis souhaitaient être utilisées que d'hommes cis. Et bien plus d'hommes cis souhaitaient utiliser. En discutant avec, j'ai pu comprendre que pour certains hommes c'était une position trop vulnérable que d'être dans la posture passive et de se "laisser-faire". Pour les femmes cis, j'ai eu le sentiment que beaucoup de femmes aimeraient utiliser, mais elles ne s'y autorisent pas. C'est pas une question d'envie — c'est une question de permission qu'elles ne se donnent pas.
Plusieurs d'entres elles m'ont fait part après l'atelier que maintenant qu'elles ont vu l'atelier et l'ont expérimenté en utilisé·es, elles seraient prêtes à passer utilisatrices.
Quand j'ai observé que la majorité des femmes hétéro cis présentes étaient en demande de pluralité, d'avoir plusieurs hommes sur elles. Bien que je comprends le caractère excitant, je me suis questionnée sur la posture juste à avoir en tant qu'organisatrice. Ce format est engageant. Pour les participant·es, mais aussi pour moi. Le débrief avec les participant·es après l'atelier m'a rassuré d'entendre à nouveau que tout s'était passé de la meilleure manière pour elles et eux.
Et l'une d'elles m'a partagé quelque chose qui m'a beaucoup marquée :
"En tant qu'utilisée, je me sentais libre et je ressentais l'envie et le plaisir de mes partenaires à m'utiliser pour mon propre plaisir, et non le leur."
C'est là que la Roue du Consentement de Betty Martin prend tout son sens.
🔄 La Roue du Consentement — Betty Martin
Un outil pour comprendre ce qui se joue vraiment dans le Free-Use.
Betty Martin, sexologue américaine, a modélisé 4 façons d'être en relation avec une expérience :
🎁 DONNER — Je fais quelque chose pour toi, pour ton plaisir à toi.
✨ RECEVOIR — Je laisse quelque chose se faire pour moi. Je reçois.
🔥 PRENDRE — Je fais quelque chose pour moi, pour mon plaisir à moi.
🌿 PERMETTRE — Je laisse l'autre faire, pour son plaisir à lui/elle.

Dans le schéma classique, on imagine : utilisateur·ice = prend / utilisé·e = donne.
Mais pendant l'atelier sexualité Free-Use, on peut observer des échanges encore plus riches, une personne utilisée peut simultanément PERMETTRE qu'on la prenne tout en RECEVANT le plaisir que ses partenaires prennent à la servir.
Les quatre quadrants s'entremêlent, et c'est exactement ce qui casse la lecture actif = dominant. La roue du consentement montre à quel point le consentement implique une forme de liberté où tout ne vient pas de soi, mais de la relation à l'autre.
→ En savoir plus : thewheel.org (ressource originale de Betty Martin)
Les conditions qu'un atelier sexualité tel que le Free-Use se passe le mieux possible
Un atelier sexualité autour du Free-Use ne s'improvise pas. Plusieurs éléments sont non-négociables.
La préparation en amont est essentielle — les fiches pour les personnes utilisées, mais aussi un espace de réflexion pour les personnes utilisatrices afin qu'elles pensent à leur rôle avant d'être dans le vif de l'action.
La durée compte aussi. L'expérience mérite du temps pour vraiment plonger dans un rôle, dépasser les premières résistances, et laisser la créativité s'exprimer pleinement.
Dans les remerciements reçus après l'événement, j'ai été touchée par une participante qui prenait un compte le travail conscienceux que cet atelier demandait : "Ce type d'atelier demande une attention particulière, beaucoup d'organisation, et des conditions très spécifiques pour que tout se déroule dans un cadre juste et sécurisé."
Si le sujet te parle — que ce soit pour tester ce format ou explorer ce que tes résistances te disent de ton désir — c'est exactement ce sur quoi je travaille en coaching.
Ce type d'atelier sexualité est un miroir. Pas seulement de nos désirs — mais de ce qu'on s'autorise à vouloir.
Colette